Ma nouvelle lettre d'information...
Chers Internautes, Chers Concitoyens, Chers Amis,
Pour ma lettre d'information du mois de juillet, j'ai choisi de tirer la sonnette d'alarme au nom de
celles et ceux qui sont trop souvent les grands oubliés de l'horizon social français. Je rends hommage à
tous les agriculteurs du Lot et Garonne et de France, qui depuis des décennies, ont fait des efforts considérables,
pour renforcer notre capacité de production et notre compétitivité. Je veux rendre hommage à tous ces agriculteurs,
qui se battent quotidiennement afin de relever le défi environnemental, depuis des années, pour nous permettre
de développer une agriculture raisonnée et durable. Je veux rendre hommage à tous ces agriculteurs qui doivent
faire face au défi de la concurrence internationale. Respecter des règles sanitaires, respecter des règles
environnementales, toujours plus strictes tout en restant compétitifs et pour faire de notre agriculture un
atout majeur de l’économie française.
Également, avant de développer ma lettre, je tiens à remercier chaleureusement mes très nombreux lecteurs pour
leurs remarques et contributions sur mon blog www.jeanlouiscostes.fr qui nourrissent ma réflexion et consolident
mon action dans le but d'améliorer ensemble l'avenir. Sans oublier de remercier mes nombreux ami(e)s, militant(e)s
et élu(e)s, pour leur participation sur le réseau social (déjà plus de 600 membres à m'avoir rejoint) ...
La crise agricole de 2010: la crise économique la plus grave de ces 35 dernières années?
Le phénomène de pauvreté se développe massivement chez les agriculteurs qui passent de crise en crise avant d’être parfois forcés de mettre la clé sous la porte, intégrés au sein d’un système trop concurrentiel. De Janvier à Avril 2010 par exemple 40 000 agriculteurs français ont rempli des demandes d'inscription au RSA, principalement dans le secteur laitier, où les revenus ont baissé de 50 % en deux ans. Plus de 20 % des quelques 600 000 exploitants agricoles encore en activité – ils étaient 1 600 000 en 1970 – peuvent être assimilés à des travailleurs pauvres. Surendettés, lancés dans une course insensée au machinisme et à l'agrandissement, ils sont impuissants à remettre en cause le modèle hyper productiviste qui leur a été imposé !!
Un constat dramatique appuie l’idée selon laquelle il existe une véritable dégradation des conditions de vie chez les agriculteurs : ils se suicident plus que les autres professions. Ainsi, une étude montre que le taux de suicide chez les agriculteurs exploitants est le plus élevé des catégories socioprofessionnelles : 32 pour 100 000 contre 8 pour 100 000 chez les professions intellectuelles supérieures. Il y aurait près de 400 suicides d'agriculteurs chaque année en France, soit plus d’un par jour. Les raisons sont multiples mais souvent liées aux difficultés financières et à la difficulté d’envisager la transmission et l’avenir.
Alors que les agriculteurs du Nord n’ont jamais autant souffert, les paysans du Sud souffrent de la crise agricole généralisée. Ils sont notamment les premières victimes du modèle hyper productiviste et des cadences imposées, mais aussi paradoxalement, sont les victimes du malaise des agriculteurs du Nord : à force d’aider ceux du Nord par la mise en place de multiples subsides, c’est l’agriculture du Sud qui souffre d’une concurrence de plus en plus déloyale. Néfastes, ce sont notamment les mesures de dumping agricole toujours à l'œuvre malgré les négociations au sein de l’OMC. Il s’agit de la pratique permettant aux pays de vendre moins cher à l’international que sur leur marché intérieur afin d’écraser la concurrence, notamment grâce à un système d’aide de la part des gouvernements, ce qui est en général fortement préjudiciable aux producteurs locaux. Ceux-ci sont également menacés par le développement des OGM.
Y aurait il une incompréhension totale entre le monde paysan et le monde politique? Par exemple, un récent
sondage Ifop montre ainsi que le chef de l'État ne recueille que 47% d’opinions favorables auprès des paysans
(contre 56% il y a un an), pourtant considérés comme votant majoritairement à droite. Selon un quotidien national,
le malaise s’est largement exprimé par les urnes lors des dernières élections régionales afin de dénoncer
« un décalage entre la réalité des campagnes où le quotidien est de plus en plus difficile avec des normes
de plus en plus sévères comme par exemple une taxe sur l'eau de 3 euros par bête et les décisions administratives
prises au plus haut sommet de l'État ». Ainsi, alors que certains bastions historiques étaient depuis longtemps
acquis à la droite, ont basculé à gauche...
La crise agricole n’est pas un enjeu nouveau mais l’enchaînement des crises agricoles ces dernières années
connaît une fréquence presque sans précédent. La médiatisation du phénomène rend celui-ci de plus en plus
prégnant dans le débat politico social. De plus, le modèle hyper productiviste qui a été mis en place alors
que le monde industrialisé rencontre aujourd’hui des limites dans les dérives qu’il génère : la société civile
se sent menacée par des crises qui la touche, non seulement financièrement, mais surtout humainement.
Ainsi, la crise agricole n’a plus uniquement comme conséquence l’augmentation du prix d’un bien, qui
passe parfois inaperçu quand celle-ci ne s’inscrit pas dans la durée, mais a des conséquences sanitaires
parfois désastreuses : on retiendra les exemples de la crise de la vache folle, poulet à la dioxine,
problèmes liés à la salmonellose, la listériose… .
C’est toute la sécurité alimentaire et sanitaire qui est ainsi remise en cause. Les citadins, qui ne sont pas
au courant de tous les enjeux de la crise incriminent ainsi souvent les agriculteurs au lieu d’accuser à juste
titre le système qui les a poussés à se spécialiser à l’extrême tout en standardisant leurs produits car
telle est la demande de la grande distribution. Aux crises sanitaires sur-médiatisées, s’agrègent des crises
agricoles qui viennent durement frapper les agriculteurs. La crise récente du lait est une parfaite illustration :
en un an, avec la disparition des contingents laitiers, les prix du lait auraient baissé de plus de 25% réduisant
les revenus des agriculteurs et des minimums parfois insuffisants pour vivre, alors que d’autres ne pouvaient
même plus le vendre. De nombreuses manifestations ont été menées afin de dénoncer la baisse des prix et de faire
réagir les gouvernements, notamment l’organisation d’une manifestation le 14 Juillet 2009 devant le Parlement
Européen de Strasbourg.
Le 31 août 2009, notre ministre de l’Agriculture affirmait que l’agriculture connaissait actuellement « la crise économique la plus grave de ces trente dernières années ». Ainsi, le caractère alarmant de la crise est renforcé par son ampleur mondiale, qui touche donc aussi les pays en développement dans lesquels des cultures sont détruites au profit d’exploitations intensives telles que le soja, privant les populations locales des cultures nécessaires à son alimentation. En Indonésie se pose le très grave problème de la déforestation en raison de la production intensive d’huile de palme. En Europe, un constat : les surfaces cultivables ont tendance à diminuer alors que de nombreuses terres sont vendues à des spéculateurs et à des promoteurs immobiliers.
La crise est internationale, et les solutions mises en place doivent donc l’être au niveau international. L’OMC a également un rôle à jouer même si celui-ci paraît très difficile: d’un côté il faut libéraliser le marché agricole, ouvrir les frontières, permettre aux économies en développement de s’insérer dans la concurrence … alors que de l’autre il faut faire en sorte d’effectuer cette libéralisation sans que les économies développées (si influentes au sein des organisations internationales) n’en souffrent trop.
Au niveau européen, un constat s’impose : celui de l’échec relatif de la PAC pourtant portée par de bonnes
intentions. Mise en place en 1962, celle-ci est aujourd’hui attaquée de toutes parts alors qu’elle
représente l’un des plus importants postes du budget commun européen. Ainsi, au sortir de la guerre on a
demandé aux agriculteurs de développer des produits dans lesquels l’Europe était déficitaire (céréales, sucre,
lait, viande) pour lesquels on leur garantit des prix rémunérateurs. Le problème c’est qu’avec la PAC ces prix
incitatifs ont dissuadé les agriculteurs de produire autre chose (soja, pois, haricots).
2013 devrait relancer le débat : c’est l’année où il faut renégocier la PAC.
Les solutions éventuelles :
Si la crise agricole d’aujourd’hui est aussi une crise financière, il faut avoir à l’esprit que ce
type de crise ne se résout pas uniquement par l’injection d’argent dans l’économie : envoyer des subsides
aux agriculteurs sans mettre en place de mesure corrélative d’accompagnement peut ainsi se révéler inutile
et peut aboutir à un cycle d’endettement important. La crise qui existe aujourd’hui est un problème sociétal
qui touche l’ensemble du monde rural, il faut donc repenser les structures rurales, par exemple en favorisant
l’agriculture de proximité (agriculture au service des consommateurs qui se développe près de ceux-ci)...
Le projet de loi LMA de modernisation de l’Agriculture et de la Pêche est le 4e texte pour l’agriculture
en moins de 10 ans. Son objectif est de répondre aux impératifs agricoles en stabilisant le revenu des
agriculteurs, en renforçant la compétitivité ainsi qu’en créant une réelle politique de l’alimentation et
de la lutte contre le gaspillage des terres agricoles.
Ses propositions sont les suivantes :
- Il fait du « contrat écrit » la base des relations entre producteurs et acheteurs
- Il doit permettre à l’agriculteur de connaître à l’avance le prix auquel sa production sera
achetée et donc d’anticiper les fluctuations du marché.
- Il prévoit la fusion d’organisations de producteurs
C'est avec plaisir, que je suis à votre disposition pour répondre à vos remarques et sollicitations.
Bien amicalement,
Jean Louis COSTES
www.jeanlouiscostes.fr
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